gorger


gorger

gorger [ gɔrʒe ] v. tr. <conjug. : 3>
• 1220; de gorge
1Rare Remplir (qqn) de nourriture jusqu'à la gorge, avec excès. Gorger un enfant de sucreries. Cour. SE GORGER v. pron. se bourrer, s'empiffrer, se goinfrer. « Gorgés de vin et de nourriture » (Michelet).
Spécialt Gorger des volailles, pour les engraisser. gaver.
2Remplir jusqu'à gonfler, imprégner, saturer (surtout au p. p.). Une terre gorgée d'eau. Des fruits gorgés de soleil.
3Fig. Pourvoir à profusion. combler, remplir. « J'ai longtemps marché dans ma chambre de long en large [...] alerte et gorgé d'idées claires » (Gracq). plein.
⊗ CONTR. Priver, vider.

gorger verbe transitif (de gorge) Faire manger quelqu'un avec excès : Gorger un enfant de sucreries. Littéraire. Remplir, combler jusqu'à satiété : Gorger quelqu'un d'honneurs.gorger (difficultés) verbe transitif (de gorge) Conjugaison Le g devient -ge- devant a et o : je gorge, nous gorgeons ; il gorgea. ● gorger (homonymes) verbe transitif (de gorge) gorgée nom féminin gorget nom masculingorger (synonymes) verbe transitif (de gorge) Faire manger quelqu'un avec excès
Synonymes :
- bourrer (familier)
- repaître
Littéraire. Remplir, combler jusqu'à satiété
Synonymes :
- écraser

gorger
v. tr.
d1./d Faire manger avec excès. On le gorgea de mets variés.
|| Gorger des volailles, les gaver.
d2./d Imprégner, saturer.
|| Pp. Un terrain gorgé d'eau.
Fig. Un pays gorgé de richesses.
d3./d v. Pron. Absorber en quantité. Se gorger de café.

⇒GORGER, verbe trans.
A. — Qqn gorge qqn de qqc.
1. [Le compl. prép. de désigne un aliment; le compl. d'obj. une pers. ou un animal] Faire manger, boire à profusion, avec excès. Le 8 juillet, vers le soir, Bogun gorge d'eau-de-vie les paysans, les enflamme par ses discours et les lance furieux sur les batteries des Polonais (MÉRIMÉE, Cosaques d'autrefois, 1865, p. 189). Il achetait, de ses propres deniers, des joujoux pour ses meilleurs élèves (...) il leur faisait faire des dînettes, les gorgeant de friandises, de sucreries et de gâteaux (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Moiron, 1887, p. 1144).
[P. ell. du compl. prép. de] Synon. de rassasier. Il gorgera les foules. On s'endormira sur les portes, l'estomac plein jusqu'aux dents (FLAUB., Tentation, 1856, p. 645).
En partic. Synon. de gaver. On achevait de les gorger [les oies] et on m'a servi le premier foie gras de la saison (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 41).
Emploi pronom. réfl. Manger à profusion, avec excès. Synon. fam. se bourrer, s'empiffrer de (qqc.). Les riches du jour se gorgent de friandises (BAUDEL., Salon, 1846, p. 174). Nous avons été dîner dans un petit restaurant où je me gorgeai sans scrupule de viande rouge et de choux à la crème (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 68).
[P. ell. du compl. prép. de] Dans le Voyage de Chapelle et Bachaumont, on mange beaucoup (...) on se gorge, on s'empiffre, ce sont les termes, et c'est le plaisir; la gourmandise rabelaisienne s'y montre dans tout son plein (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 11, 1856, p. 46).
2. P. anal. et au fig. [Avec un compl. prép. de] Pourvoir à profusion (quelqu'un) de (quelque chose). Synon. combler. Le luxe de Napoléon et sa magnificence durent le faire paraître un roi d'Asie : là, comme à Tilsitt, il gorgea de diamants tous ceux qui l'approchèrent (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 413). Je veux, quand je te reverrai, te couvrir d'amour, de voluptés, d'ivresse. Je veux te gorger de toutes les félicités de la chair, t'en rendre lasse, t'en faire mourir (FLAUB., Corresp., 1846, p. 253) :
1. ... il est plaisant d'entendre nos historiens crier : « On nous ignore! on nous met à l'écart! » et cependant les éditeurs gorgent de « vies romancées », d'« indiscrétions de l'histoire », de « dessous » et de « révélations » frelatées un public avide d'être trompé.
L. FEBVRE, Combats pour hist., Entre Benda et Seignobos, 1933, p. 80.
[P. ell. du compl. prép. de] Dieu seul avait le pouvoir de gorger ainsi une âme, de la faire déborder et ruisseler en des flots de joie (HUYSMANS, En route, t. 2, 1895, p. 213). Gorgée elle-même depuis cinq ans par les rabatteurs de la Compagnie, elle [la presse] ne cherche dans le scandale parlementaire qu'un alibi à son propre déshonneur (BERNANOS, Gde peur, 1931, p. 276).
Emploi pronom. réfl. Se pourvoir à profusion de (quelque chose), jouir à satiété de (quelque chose). Se gorger d'or, de connaissances, de volupté. Les voyages, les jouissances de l'art, la musique surtout dont il s'était gorgé, lui avaient été d'abord une diversion intermittente et passionnée (ROLLAND, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1531) :
2. ... il était enveloppé de délices (...) il se gorgea de ces cheveux blonds [des soldats], de ces visages hâlés où les yeux semblaient des lacs de glacier, de ces tailles étroites, de ces cuisses incroyablement longues et musculeuses. Il murmura : « Comme ils sont beaux! » Il ne touchait plus terre...
SARTRE, Mort ds âme, 1949, p. 82.
B. — Qqc./qqn gorge qqc. de qqc. Remplir jusqu'à saturation. Synon. saturer. Elle [la revue] ressuscite, certains samedis, certains dimanches pluvieux qui gorgent le promenoir d'une foule odorante (COLETTE, Music-hall, 1913, p. 214). Ces palmiers (...) ont de longues et larges feuilles que l'atmosphère gorge d'humidité (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 122).
Rare. [Le suj. désigne ce qui gorge] Synon. de engorger. Un grouillement continu de piétons gorgeait toutes les voies qui vont de la Concorde à la Bastille (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1932, p. 187).
Au fig. Je vais la tête un peu penchée et la figure sombre cependant que je jouis des émotions inépuisables qui me gorgent (BARRÈS, Cahiers, t. 4, 1904-06, p. 229).
Emploi pronom. passif. Se remplir jusqu'à saturation. Un bruit sourd d'eau qui ruisselle et dont se gorgeait la terre, montait de tous les watergangs (VAN DER MEERSCH, Empreinte dieu, 1936, p. 223). Ces petites taches gonflent, se gorgent de sérosité et crèvent laissant écouler un liquide citrin (GARCIN, Guide vétér., 1944, p. 227).
Prononc. et Orth. : []. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1re moitié XIVe s. [date du ms. S] gorjat (G. DE COINCI, Mir. Vierge, éd. V. F. Kœnig, I Mir 36, 257 var.); ca 1393 part. passé « rempli (de), bourré » (Ménagier, II, 98 ds T.-L. : un brouet gorgé de lievres, de vëel, de connins). Dér. de gorge; dés. -er. Fréq. abs. littér. : 164.
DÉR. Gorgeur, -euse, subst. Personne qui gorge les oies. Synon. gaveur. La « gorgeuse » apparaît. Elle sort, revient, apportant une chaise basse, un crible de maïs et une jarre d'eau. Et c'est le gavage (PESQUIDOUX, Chez nous, 1921, p. 48). []. 1re attest. 1921 id.; de gorger, suff. -eur2, -euse.

gorger [gɔʀʒe] v. tr. [CONJUG. bouger.]
ÉTYM. 1220, gorgier; de gorge.
1 Rare. || Gorger (qqn) de : remplir (de nourriture) jusqu'à la gorge, avec excès. || Il remplissait lui-même nos assiettes et nous gorgeait de tout. || Nous avons été gorgés de poissons, de viande rouge, dans cet hôtel.V. pron. Cour. || Se gorger de. Bourrer (se), empiffrer (s'). || Cet enfant s'est gorgé de crème à en être malade.(Animaux). || Mouette qui se gorge de chair (→ Éclabousser, cit. 8).Au p. p. || Être gorgé de nourriture (→ ci-dessous, cit. 2, 3 et 4).
1 C'est du séjour des dieux que les abeilles viennent. Les premières, dit-on, s'en allèrent loger Au mont Hymette, et se gorger Des trésors qu'en ces lieux les zéphyrs entretiennent.
La Fontaine, Fables, IX, 12.
2 Gorgés de vin et de nourriture, ils étaient déjà vaincus par leurs propres excès.
Michelet, Hist. de France, I, I.
3 Et gorgés jusqu'aux dents de genièvre et de bières (…)
Baudelaire, Amœnitates Belgicæ, VI.
4 Gorgés de douceurs et de vin rosé, les poches pleines de petits santons, nous quittons l'auberge.
Colette, Belles saisons, p. 44.
5 (…) pour que la volaille se gorgeât de tout ce qu'on avait laissé de graines sur le sol.
M. Jouhandeau, Tite-le-Long, IX.
Par métaphore :
6 Il semble que le malheur est sur nous et qu'il ne s'en ira qu'après s'être gorgé de nous.
Flaubert, Correspondance, 104, 20 mars 1846.
2 Absolt. Alimenter avec excès. || Il ne faut pas gorger les enfants.Pron. || Il s'est gorgé tout au long du repas. Goinfrer (se).
Spécialt. || Gorger des volailles, pour les engraisser. Gaver.
3 (XVIIe). Rare. (Sujet n. de chose). Remplir jusqu'à gonfler, imprégner, saturer… || L'humidité qui gorgeait la terre. || « L'écœurante (cit. 3) chaleur gorge la chambre » (Rimbaud).Pron. || Se gorger d'air pur, de soleil. || « Notre souffleur à gage (Borée) Se gorge de vapeur » (→ Ballon, cit. 1, La Fontaine).
Gorgé, ée, p. p. adj. || Gorgé de… || Terres gorgées d'eau. || Une pièce gorgée de soleil. Inondé.
7 Le soir de juin, gorgé de lumière, tendait à pencher du côté de la nuit.
Colette, la Chatte, p. 72.
8 On entend le gloussement des ruisseaux encore gorgés de l'orage nocturne.
Francis Jammes, Clara d'Ellébeuse, II.
9 La terre, gorgée d'eau, fume, et les ornières pleines de pluie, reflètent un azur trouble.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, XVIII.
4 (1580). Fig. Littér. Pourvoir à profusion. Combler, remplir. || Gorger qqn de biens, d'honneurs. || Gorger qqn d'or et d'argent.Pron. || Les pirates se sont gorgés de butin. || Se gorger de tous les plaisirs terrestres. Rassasier (se), soûler (se).
10 (…) Protaire, favori de Brunehault, prenait le bien des seigneurs, et en gorgeait le fisc (…)
Montesquieu, l'Esprit des lois, XXXI, 1.
11 Cette vie délicieuse dura quatre ou cinq jours, pendant lesquels je me gorgeai, je m'enivrai des plus douces voluptés. Je les goûtai pures, vives, sans aucun mélange de peine : ce sont les premières et les seules que j'ai ainsi goûtées, et je puis dire que je dois à Mme de Larnage de ne pas mourir sans avoir connu le plaisir.
Rousseau, les Confessions, VI.
Gorgé, ée, p. p. adj. || Cœur gorgé d'ambitions (→ Attrition, cit. 3). || Voyageur gorgé d'impressions, de souvenirs (→ Briser, cit. 34). Plein.
12 La fausseté de la situation dans laquelle j'allais entrer ne pouvait être devinée par un homme gorgé de bonheur.
Balzac, le Lys dans la vallée, Pl., t. VIII, p. 982.
13 Il dormit fiévreux, gorgé de rêves.
Colette, la Chatte, p. 183.
——————
gorgé, ée p. p. adj.
Voir à l'article.
CONTR. Priver, vider.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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